EHPAD le « plan bleu » canicule

Plan bleu canicule
Plan bleu canicule

Eté 2003. La France suffoque avec des chaleurs plus subies depuis 1950. La première semaine d’août, les records absolus de température maximale tombent les uns après les autres. La sécheresse sévit partout, les incendies se succèdent.  La canicule décime des élevages entiers. Dans le Haut-Rhin, EDF est même contraint d’arroser le réacteur numéro un de la centrale nucléaire de Fessenheim pour le refroidir. Mais le drame se joue ailleurs, au départ dans l’indifférence générale. Il touche de plein fouet les personnes âgées. Il faudra une alerte des pompiers qui voient bondir leurs interventions liées à la chaleur pour que les Pouvoirs publics prennent la mesure de la catastrophe qui se joue. Au final, on estimera la surmortalité à près de 19 000 décès. C’est à la suite de cet événement que sera mis en place et rendu obligatoire le fameux « plan bleu », le 7 juillet 2003.

« Plan bleu » pour prévenir les catastrophes sanitaires et environnementales

Le « plan bleu » est un outil d’organisation interne aux établissements médico-sociaux et donc aux EHPAD. Elaboré sous la responsabilité du directeur de l’établissement, il détaille les modalités d’organisation à mettre en œuvre en cas de crise sanitaire ou climatique. Il permet une mobilisation rapide et cohérente des moyens humains et matériels. Il est déclenché dès lors que survient un événement sanitaire ou environnemental susceptible de menacer la santé publique. Le « plan bleu » a ainsi été activé le 6 mars 2020 en raison de la prolifération du coronavirus.

Le plan bleu est général, et il peut ensuite concerner de façon plus précise un événement : c’est ainsi que l’on a mis en place le plan bleu canicule. Concrètement, il implique la désignation d’un référent, directeur ou médecin coordinateur qui sera responsable lors de la situation de crise. Le « plan bleu » prévoit des recommandations de bonnes pratiques préventives à destination des personnels ainsi qu’une convention avec l’établissement de santé le plus proche. Il doit comporter un protocole sur les modalités d’organisation de l’établissement en cas de déclenchement du plan d’alerte et d’urgence. Le « plan bleu » permet également le confinement des résidents, usagers et personnels ainsi que le rappel du personnel accompagnant et soignant en cas de nécessité. En période de canicule, l’établissement est tenu de mettre en place un local ou des pièces équipées d’un système fixe de rafraîchissement de l’air. A défaut, il doit disposer d’un local ou d’une pièce rafraîchie.

Le plan bleu est en fait un dossier qui synthétise toutes les démarches engagées et réfléchies par l’établissement en cas de survenue d’une canicule :

  • Stock d’eau,
  • Stock de ventilateurs,
  • Stocks de brumisateurs,
  • Lieu des pièces réfrigérées,
  • Formation du personnel,
  • Listing des personnes bénévoles et professionnelles disponibles pour rappel :
    • Familles des résidents,
    • Personnel en vacances mais sur le secteur,
    • Personnels remplaçants disponibles,
    • Association de bénévoles disponibles,
  • Convention avec un hôpital,
  • Menus adaptés pour la canicule,
  • Et toute autre mesure nécessitant d’être présentée dans le plan bleu canicule.

Un « plan bleu » canicule 2020 plus complexe que d’habitude

Le « plan bleu » canicule comporte toujours 4 niveaux d’alerte calqués sur les codes couleurs de la vigilance météo :

  • Vert en veille saisonnière ;
  • Jaune en avertissement ;
  • Orange en alerte canicule ;
  • Rouge en mobilisation maximale.

Mais il est fortement impacté cette fois par le coronavirus. Si l’été représente toujours une période difficile pour les EHPAD entre les congés des personnels et les risques canicules, il s’annonce particulièrement sensible cet année. Le coronavirus a en effet provoqué une hécatombe chez les résidents et occasionné beaucoup de fatigue et de lassitude chez les soignants. Alors que l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques » vient d’épingler la France pour son sous-effectif dans l’aide aux personnes âgées, on ne peut que craindre un été difficile au sein des EHPAD.

D’autant que, coronavirus oblige, il pourrait y avoir des restrictions d’utilisation de la climatisation et des ventilateurs. Certaines mesures préconisées par le « plan bleu » et celles mises en œuvre pour lutter contre l’épidémie entrent en conflit. Par exemple, les recommandations pour lutter contre le coronavirus prévoient d’aérer le logement plusieurs fois par jour alors que le « plan bleu » conseille de fermer les fenêtres la journée et de les ouvrir la nuit.

Au-delà des dispositions techniques du « plan bleu » va se poser un double problème psychologique, à la fois pour les résidents et pour les soignants. Les premiers, qui viennent à peine de sortir du confinement, risquent de s’y trouver de nouveau contraints avec les conséquences de « glissement vers la fin de vie » que cela implique. Quant aux seconds, confrontés aux grèves de la fin 2019, puis au coronavirus et à son cortège d’heures supplémentaires, ils sont littéralement épuisés. Il va pourtant leur falloir redoubler de patience et de pédagogie pour rassurer et surtout maintenir en bonne santé les résidents dont ils ont la charge. Et sans doute augmenter les tournées d’hydratation, avec la surcharge de travail que cela occasionne…

Plus d’informations :