Refus de soins des personnes âgées en EHPAD

Le refus de soins des seniors en maison de retraite

Accompagner le refus de soins est tout aussi important et nécessaire que de le comprendre. Il y a la loi, et le devoir d’informations, mais il y a aussi l’obligation de respecter le choix des patients.

Refus de soins et serment d’Hippocrate: la difficile équation

« Au moment d’être admis(e) à exercer la médecine, je promets et je jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité. Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux… » Ainsi commence le serment d’Hippocrate revu par l’Ordre des médecins en 2012, serment qui, s’il n’a pas de valeur juridique, est considéré comme l’un des textes fondateurs de la déontologie médicale. Les médecins, et les soignants en général, se retrouvent face à un dilemme lorsqu’ils sont confrontés au refus de soins de certains de leurs patients. Pour bien comprendre la problématique du refus de soins, tentons d’en déterminer les tenants et les aboutissements…

Refus de soins : un droit à part entière

Avant toute chose, le refus de soins est un droit consacré par l’article L.1111-4 du code de la santé publique qui dit notamment ceci :

« Toute personne prend, avec le professionnel de santé et compte tenu des informations et des préconisations qu’il lui fournit, les décisions concernant sa santé. Toute personne a le droit de refuser ou de ne pas recevoir un traitement (…)

 Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment ».

Pour Sylvie Vandoolaeghe, coordinatrice adjointe de l’espace éthique hospitalier et universitaire (EEHU) de Lille, « le refus de soins, c’est la possibilité du consentement : si on ne peut pas refuser, on ne peut pas consentir ». Le tout est de comprendre pourquoi le patient refuse les soins. Est-ce à cause du traitement lui-même ou à cause des effets secondaires qu’il juge trop invasifs ou douloureux ? Pour des spécialistes de la question, le refus de soins dépend pour beaucoup de la façon de présenter les choses. Il vient souvent de la peur de l’inconnu, des complications éventuelles et de la souffrance que les traitements vont engendrer. S’ajoutent à cela la mécompréhension des enjeux, la défiance à l’égard des médecins et du système de santé, la lassitude face à des traitements lourds et jusqu’alors inefficaces et parfois l’envie d’en finir avec la maladie et donc avec la vie. Le refus de soins peut également venir de l’histoire même du patient. Est ainsi être cité l’exemple de ce patient qui avait vu partir sa mère à l’hôpital pour une intervention tout à fait bégnine et qui, suite à son décès des suites opératoires, avait développé une aversion totale pour tout ce qui, de près ou de loin, touchait au médical. Une chose est sûre, le refus de soins n’est jamais anodin. Il dit des choses sans les nommer et encourage le soignant à s’interroger sur sa démarche, à écouter et à comprendre son patient, tout l’enjeu consistant pour lui à harmoniser son désir de soigner et les attentes de son patient.

Pour mieux comprendre le refus de soins : privilégier le dialogue

Le refus de soins renvoie donc le soignant à son devoir de soigner, de guérir et à défaut, de soulager, mais il l’invite aussi à repenser sa relation au soin. S’il a proposé un parcours spécifique de soins, c’est qu’il le croit bénéfique pour le patient concerné. Que ce dernier ne l’entende pas ainsi, est difficile à vivre et peut même provoquer de la colère chez le soignant, réaction révélatrice d’un sentiment d’impuissance mais aussi d’une forte implication. Il est alors intéressant voire essentiel de faire appel à une tierce personne, soignant ou personne proche du patient, pour faire évoluer la situation. En tout état de cause, le soignant, pour comprendre et peut-être faire évoluer le refus de soins, doit pouvoir se mettre au niveau du patient, oublier son amour propre et son langage technique, et prendre en compte la situation psychologique du patient et non seulement sa situation médicale. Cela demande beaucoup d’empathie, d’écoute et de modestie. Le soignant est au service du patient et non l’inverse. De la capacité du soignant à entendre son patient dépend la relation de confiance qu’il va développer avec lui. S’il ne doit ni abandonner, ni se déresponsabiliser face à un refus de soins, le soignant ne doit pas non plus harceler le patient ou devenir maltraitant. La négociation, l’ajustement des soins permettent le plus souvent d’éviter d’arriver à ces extrêmes tout comme la signature d’une attestation de refus de soins fait réfléchir, et dans de nombreux cas changer d’avis, le patient appelé à la signer. En matière de refus de soins, tout est donc question, pour le soignant, d’écoute, de dialogue, de bienveillance et de réflexion sur son propre positionnement.

Accepter le refus de soins : une démarche obligatoire :

Accepter ce n’est pas céder, c’est comprendre les enjeux et tenter d’accompagner le refus de soin. La démarche de compréhension permet de remettre le patient au cœur du soins et ainsi souvent de permettre l’acceptation du soin.

Accepter le refus de soins ce n’est pas valider le refus et partir sur un autre chemin. Accepter le refus c’est permettre au patient de redevenir un sujet, et d’exister. C’est lui redonner une place centrale. Reprendre cette place c’est aussi lui redonner les clés du choix. Choisir de poursuivre les soins ou pas.

C’est ainsi que nous devons accompagner : ne pas décider pour l’autre mais le laisser décider en pleine possession des informations que nous lui avons transmises.

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